lundi 10 novembre 2014

Ne pas passer à côté de toi

Je suis bientôt à 6 mois de grossesse.

Mon ventre est rebondi (très rebondi même)(mes fesses et mes cuisses aussi).

Je sens des caresses et des coups à l'intérieur de mes entrailles.

Et pourtant, je ne réalise pas que je suis enceinte.

Lorsque mon ventre me gêne dans mes mouvements, pendant une fraction de seconde, je me dis qu'il faut vraiment que je me mette au régime. Et puis je me souviens que non, ce n'est pas un excès de poids, mais un petit être qui prend sa place.
Lorsque je suis essoufflée en montant les escaliers, en marchant un peu vite, en luttant pour habiller le Lutin le matin, je me maudis de ne pas m'être réinscrite au sport. Et puis je me souviens que ce n'est pas un manque d'entrainement ou de cardio, mais toujours ce petit être qui prend sa place.

Six mois qu'il est là et pourtant, je n'arrive ni à réaliser, ni à me projeter.

J'ai encore cette peur viscérale de ne pas mener à terme cette grossesse. Cette peur qui me plonge parfois dans des crises de larmes dont il m'est difficile de sortir. Cette peur qui me fait porter des sous vêtements noirs tellement je crains de les voir souillés de rouge.

Je suis enceinte pour la 7ème fois. Et le Lutin est le seul enfant dont le rire m'arrive aux oreilles.
Ca fait donc beaucoup grossesses non abouties, ayant pris fin parfois simplement dans toilettes ou nécessitant des passages au bloc opératoire.
Ça laisse des traces. Des angoisses.

Très rapidement, on m'a dit de profiter de cette grossesse.
Mais comment ?
Et puis profiter de quoi ? de mes nausées, des vomissements ? du sommeil qui me terrassait 20h/24 ?

Quand passés 4 mois les signes dits sympathiques de grossesse se sont estompés, je ne trouvais toujours pas ce qui était "profitable" : mon ventre ne laissait pas de doute quant au fait qu'un petit habitant avait élu domicile en mon intérieur, mais pour autant, je ne le sentais toujours pas bouger.

Quand ses mouvements, très légers au début, se sont intensifiés, je n'ai même pas réalisé, ne prêtant pas attention à leur survenue. Quand je ne sentais rien, j'étais incapable de dire depuis quand ses mouvements n'avaient pas déformé mon ventre.

A 5 mois, j'ai voulu tenter de prendre contact avec ce petit être, de faire connaissance avec lui à travers ma peau.
De mémoire, pour le Lutin tout s'était passé tellement simplement, avec une telle sérénité. Pourquoi était ce si différent aujourd'hui ?


J'ai voulu prendre le temps de me poser, de tenter de caresser mon ventre et de sentir ses coups. Mais très vite, une boule d'angoisse apparaissait : à quoi bon ? Je ne m'enlevais pas de la tête que cette grossesse, comme les autres, n'aboutirait pas. Que je ne connaitrais pas cet enfant et donc qu'il était inutile de tenter de le découvrir, la chute n'en serait que plus douloureuse le jour où...

J'ai mis un peu de temps à faire le tri de ce que je voulais pour cette grossesse : me préserver au maximum "au cas où.." ou tenter enfin de profiter vraiment, peut importe l'issu.

Il m'a semblé beaucoup plus raisonnable de tenter de profiter.

Je ne voulais pas prendre le risque de passer à côté de Toi, de nos moments d'intimités, ces mêmes moments qui m'avaient procurés beaucoup de plénitude avec ton frère.

Cependant, toute seule dans mon coin, je ne voyais pas comment me sortir de mes pensées négatives.

Alors j'ai demandé conseil à mon gynéco, qui m'a orientée vers une psy spécialisée dans "ces grossesses psychologiquement éprouvantes".

Je n'avais pas la certitude qu'elle saurait m'accompagner pour profiter de Notre grossesse, mais j'avais la certitude de ne pas vouloir passer à côté de toi.