lundi 8 octobre 2012

C'est un cancer, mais vous avez de la chance !

medibus.jpg

Cette phrase là, mon père l'entend régulièrement. Depuis 8 ans.
 
8 ans. C'est à la fois court et long.
 
8 ans bientôt jours pour jours que le diagnostic est tombé. Par hasard.
 
Il y a 8 ans, pour un contrôle, mon père fait des examens sanguins. Banal.
Il se trouve qu'il connait le biologiste du labo, que c'est un copain, et pour rire (l'humour des biologistes est encore impénétrable pour moi) ce copain lui dit qu'il va doser aussi les PSA (des marqueurs sanguins qui, si présents en quantité trop importante, peuvent indiquer une suspicion de cancer). Mon père, à l'époque, n'a que 49 ans, et lui répond "oh, tu m'emmerdes avec tes conneries, on fait ça qu'à partir de 55 ans".(oui, mon père est toujours très poli).
 
Le copain réalise quand même le dosage. Qui s'avère anormalement élevé. Vont s'ensuivre les examens qui vont confirmer le cancer.
 
Mais les spécialistes s'accordent sur une chose : mon père a de la chance. 
On lui a dosé par hasard ses marqueurs et si tel n'avait pas été le cas, il aurait certainement pris connaissance de son cancer trop tard.
Le stade du cancer n'est pas avancé, mon père est jeune (c'est relatif, hein, la jeunesse. Pour moi, du haut de mon âge, 49 ans je trouve ça vieux)(Papa, si tu me lis, je blague, t'es pas si vieux... pour un papa).
Donc un peu de chirurgie, de radiothérapie et d'hormonothérapie et hop, fini le cancer !
 
De la chance, on vous dit.
 
Bien que le traitement soit lourd, avec des effets secondaires contraignants, le cancer sera bientôt un mauvais souvenir.
 
Au bout de 2 ans, les traitements sont finis.
 
On souffle, on se dit qu'en effet, il a de la chance et la vie reprend son cours.
Il y a juste une surveillance des taux à faire régulièrement tous les 4-6 mois.
 
De la chance. 
 
Mais après un dosage, les résultats indiquent que les taux sont remontés.
Faiblement, mais remontés quand même.
 
Bon, ce n'est pas grave, peut être que l'hormonothérapie a été arrêtée trop tôt, il suffit de la reprendre et ça sera bon.
 
Sauf que non, ce n'est pas bon. Les taux ne baissent pas comme ils devraient, mais ne sont pas encore suffisamment élevés pour permettre de réaliser des examens plus approfondis pour connaitre l'origine de ce taux anormalement haut.
 
Donc là, c'est un peu compliqué moralement à gérer : mon père sait que le cancer n'est pas parti, que l'hormonothérapie ne permet pas de détruire les éventuelles métastases puisque les taux sanguins restent haut, mais on ne peut rien faire de plus pour le moment.
 
Il faut attendre qu'il soit plus malade pour tenter d'agir... vivre avec une épée de Damoclès au dessus de la tête en permanence. Attendre que les taux dépassent un seuil, ce qui indiquera qu'on pourra faire des examens pour déterminer d'où pourrait provenir cette quantité de PSA.
 
Mais encore, une fois, il a de la chance. Si les taux augmentent si faiblement, c'est que ce n'est pas trop grave. Certes, ça signifie que le cancer est encore là, mais pas en phase terminale.
 
De la chance oui. 
 
Finalement, il y a un peu plus d'un an, le seuil est dépassé. Ben limite, mon père, ça l'a soulagé. Ça confirmait qu'il était plus malade, mais pour lui, ça signifiait qu'on allait pouvoir agir.
Alors hop, examens avec IRM, scintigraphie, scanner... Et on trouve.
 
Une métastase. Une seule. Une chance !
 
Et pis encore un coup de pot, c'est une métastase osseuse, bien située puisqu'accessible par radiothérapie.  
 
La radiothérapie s'ensuit. les résultats sanguins confirmeront que la métastase est bien détruite.
Un p'tit coup d'hormonothérapie et le cancer sera définitivement guéri.
 
Pendant 1 an, il y a cru (nous aussi).
 
Mais un dimanche comme un autre, un coup de téléphone comme un autre et une voix. Sa voix. Pas comme d'habitude. Hésitante, tremblante. Je sens une mauvaise nouvelle qui concernerait l'un de mes grands parents.
 
Mais non. Sa voix cassée lâche une phrase. "Il y en a d'autres".
Comprendre d'autres métastases.
 
La chimiothérapie a commencé et va rythmer sa vie pendant 30 semaines.
 
Mais là, le cancérologue a eu la descence de ne pas lui dire qu'il avait de la chance.
 
Non, il a dit quelque chose de nouveau : c'est chronique. Comprendre : vous ne guérirez pas. 
On peut espérer une rémission, pas une guérison.
 
 
Je serais quand même tentée de dire que tu as de la chance mon Papounet : la chance de nous avoir à tes côtés, pour t'accompagner et te soutenir.
 
(Si, si, lecteur qui ne me connait pas, c'est trop de la chance que de m'avoir à son côté) ;-)
 
 
Rendez-vous sur Hellocoton !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Pour remplir mon sac, c'est par ici !